[ PUBLICATION ] A Tale of Three Midwives: Inconsistent Policies and the Marginalization of Midwifery in Mexico

Un article co-écrit avec Lydia Zacher Dixon et Veronica Miranda, disponible sur le site du Journal of Latin American and Caribbean Anthropology.

ABSTRACT

This article uses collective ethnographic research to provide a multifaceted and multisited understanding of how current issues facing midwifery and women’s health in Mexico reflect a historically fraught relationship between marginalized populations and the state. We argue that midwives have been hindered in their ability to systematically improve maternal health care as a result of their uneven and changeable relationship with the Mexican state. We present case studies of three Mexican midwives who have different backgrounds, access to training and certification, and relationships with the local health systems that structure how they interpret and negotiate their relationships with state institutions and policies. As we examine these negotiations, we do not lose sight of the ways that midwives’ opportunities, experiences, and challenges are often interwoven with those of the women they serve. Both exist at the margins of the Mexican state—a space where dreams of modernity and legacies of inequality collide. [gender, health, Mexico, midwifery, social anthropology]

RESUMEN

Este artículo utiliza la investigación etnográfica colectiva para proporcionar una comprensión multifacética y multilocal de cómo los problemas actuales que enfrentan la partería y la salud de las mujeres en México reflejan una relación históricamente tensa entre las poblaciones marginadas y el Estado. Sostenemos que las parteras han sido obstaculizadas en su capacidad de mejorar sistemáticamente la salud materna como resultado de su relación desigual y cambiante con el estado Mexicano. Presentamos estudios de casos de tres parteras Mexicanas con diferentes antecedentes, acceso a capacitación y certificación, y relaciones con los sistemas de salud locales que estructuran cómo interpretan y negocian sus relaciones con las instituciones y políticas estatales. A medida que examinamos estas negociaciones, no perdemos de vista las formas en que las oportunidades, experiencias y desafíos de las parteras se entrelazan con las de las mujeres a las que sirven. Ambos existen en los márgenes del estado Mexicano, un espacio donde chocan sueños de modernidad y legados de desigualdad. [antropología social, género, partería, México, salud]

[ PUBLICATION ] Politiques de santé materno-infantile au Brésil et au Mexique

avec Alfonsina Faya Robles, Cahiers des Amériques Latines 88-89, 2018, pp.61-78.

Au Mexique et au Brésil, les femmes pauvres sont la cible privilégiée de politiques de santé materno-infantiles. Dans le premier contexte, elles bénéficient d’une aide financière en échange de leur participation à des ateliers de santé et à des visites médicales. Dans le second, elles sont inscrites dans des programmes de santé pendant leur grossesse, accouchement et post-partum. L’analyse croisée des données d’enquêtes menées auprès de femmes de quartiers populaires, de sages-femmes traditionnelles, d’agent.e.s communautaires de santé et de personnel médical met en avant deux processus connexes de régulation des choix reproductifs : la médicalisation de la santé reproductive et la sanitarisation des corps féminins. Nous montrons comment le développement de l’assistance médicale et sanitaire dans ces deux pays, au-delà des changements positifs, soumet les décisions reproductives au contrôle d’agents étatiques de santé, renforçant les mécanismes de régulation et de domination des (corps des) femmes pauvres.

La suite sur https://journals.openedition.org/cal/8837

[ PUBLICATION ] Maltraitance des corps et mépris des pratiques culturelles

Article paru dans Actualité Sages-Femmes n93, Octobre 2018

Maltraitance des corps et mépris des pratiques culturelles dans les maternités publiques au Mexique.

« Ce sont comme des usines. Les femmes, ils nous traitent comme si on était des poules ou des animaux. “Mettez-la ici, et l’autre là” [disent les médecins], comme si on était… ». Alma avait 17 ans lorsqu’elle accouche pour la première fois, dans une clinique publique de San Cristóbal de Las Casas, la capitale culturelle de l’Etat du Chiapas, dans le Sud du Mexique. La jeune femme d’origine Tseltal[i] est née à domicile, dans un village près de San Cristóbal, où elle vit à présent. Les maltraitances qu’elle a vécues lors de son premier accouchement (violence verbale, actes non consentis) l’ont poussée à chercher une alternative lors de sa deuxième grossesse. Son deuxième accouchement a ainsi eu lieu dans une maison de naissance de la ville : « Contrairement à ma première grossesse, je connaissais le processus, je savais comment cela allait se passer. Mais je n’avais plus peur. J’étais très contente car je savais que mon conjoint, mon père et ma mère allaient être présents. Cela m’a rassurée ».

J’ai rencontré Alma lors d’une enquête sur l’impact des politiques de santé maternelle, et en particulier celles portant sur la formation des sages-femmes traditionnelles et sur l’accès aux soins des femmes, menée entre 2013 et 2015 dans le Chiapas[ii]. Au cours de cette recherche, j’ai conduit plus d’une centaine d’entretiens avec des sages-femmes traditionnelles, des travailleur-se-s de santé, des médecins, des obstétricien-ne-s et des familles dans plusieurs régions du Chiapas. J’ai également mené neuf mois d’observation-participante auprès de l’Organisation des Médecins Indigènes du Chiapas (OMIECH) qui organise des ateliers de santé communautaire, et partagé le quotidien de trois sages-femmes traditionnelles.

Dans les zones rurales du Chiapas, les sages-femmes traditionnelles accueillent environ 70% des naissances, contre moins de 20% au niveau de l’Etat. Ces femmes ont acquis leurs connaissance par le biais d’apprentissage onirique (elles reçoivent leurs connaissances à travers leurs rêves) et/ou empirique (à la suite de nombreuses grossesses ou en accompagnant leurs parentes sages-femmes)[iii]. Le suivi de grossesse se déroule au domicile de la femme enceinte ou de la patiente (Image 1), et l’accouchement a lieu chez la patiente, qui vit elle-même avec sa belle-famille. L’accouchement est un événement qui requiert beaucoup de chaleur (feu, tisanes, massages) pour contrebalancer la perte de fluide. Tout au long du travail, la patiente ne se dénude pas, elle reste vêtue, et la sage femme n’effectue pas ou peu de touchers vaginaux. La patiente se déplace dans la pièce, et est souvent libre d’essayer plusieurs positions d’accouchement, la plus commune étant sur les genoux, les bras autour de l’époux (ou une autre personne) assis sur une chaise.

Depuis les années 1990, la médicalisation de l’accouchement s’est accélérée au Mexique, en étroit lien avec les objectifs de diminution de la mortalité maternelle[iv]. Au cours des 25 dernières années, la proportion de naissances en milieu hospitalier est ainsi passée de 22,4% à 72,9 %[v]. Cette médicalisation de la santé reproductive des femmes pauvres repose sur deux mécanismes. D’une part, les femmes enceintes sont captées par le système de santé public dès le début de la grossesse par le biais du programme de transfert monétaire Prospera, qui vise à lutter contre la pauvreté par un principe de « co-responsabilité ». Les bénéficiaires de Prospera doivent par exemple se rendre à des ateliers de santé mensuels dans les cliniques ou encore réaliser leur suivi de grossesse au sein du système de santé, sous peine de se voir radiées du programme et de perdre ainsi un apport économique important. Les visites prénatales obligatoires socialisent les femmes à la biomédecine. Lors de ces visites, les médecins encouragent leurs patientes à accoucher dans des maternités plutôt qu’à domicile. De leur côté, les sages-femmes traditionnelles sont elles aussi captées par le système de santé, puisqu’elles doivent suivre des formations mensuelles dispensées par le personnel des cliniques rurales (Image 2), qui les encourage à transférer leurs patientes vers le système de santé public[vi].

Or, lorsqu’elles se rendent dans les hôpitaux publics, les femmes que j’ai rencontrées au cours de mon enquête se sont plaintes d’avoir été confrontées à des barrières de langue, aux remarques racistes et sexistes du personnel ainsi qu’à des violences physiques, psychologiques et verbales. Si certaines expériences sont violentes en elles-mêmes, d’autres relèvent d’une méconnaissance voire de mépris envers les pratiques socio-culturelles de l’accouchement, pouvant négativement impacter l’expérience des femmes Mayas, comme détaillé ci-dessous.

nudité : lorsqu’elles accouchent à la maternité, les femmes doivent quitter leurs vêtements au profit d’une blouse. Le froid ressenti, en opposition avec la chaleur du feu lors d’un accouchement à domicile, ainsi que face à l’exposition du corps nu au regard de plusieurs inconnu-e-s sont deux critiques souvent faites par les femmes[vii].

langue : dans une nation pluriculturelle où 69 langues officielles sont reconnues, les patientes et les médecins viennent parfois de contextes socioculturels très différents. Les jeunes médecins qui étudient dans les grandes villes du pays effectuent leur internat dans tout le Mexique et ne parlent souvent pas la ou les langue(s) locale(s). Le Chiapas fait également partie des Etats avec le plus grand nombre de personnes indigènes monolingues (jusqu’à 78% dans certains villages). Dans ce contexte, il est difficile non seulement de communiquer mais aussi de recueillir le consentement des patientes.

solitude : dans les maternités publiques, aucune personne n’est autorisée à accompagner la parturiente, qui se retrouve donc seule. La difficulté de communication avec le personnel de santé renforce le sentiment de solitude.

mépris socio-culturel : les pratiques médicales indigènes peuvent être moquées par le personnel de santé, ainsi que les conditions de vie des femmes pauvres. La coordinatrice de l’association OMIECH, décrivait ainsi « les médecins disent que les sages-femmes sont sales, parce qu’elles ne portent pas de gants, parce que leurs maisons sont humbles ». Certaines pratiques thérapeutiques des sages-femmes traditionnelles, comme la version céphalique externe ou l’utilisation du bain de vapeur (temascal), sont également sous le feu des critiques par le personnel médical. Lorsque les femmes arrivent à la maternité, il arrive régulièrement que le personnel leur demande si elles ont été « manipulées par une sage-femme ».

toucher vaginal : ce geste invasif, réalisé de manière routinière[viii], est celui qui ressort le plus souvent dans les récit des femmes. Pour les sages-femmes Mayas, qui en effectuent peu ou pas, ces touchers intempestifs sont agressifs, comme le décrivait l’une d’entre elles lors d’un atelier organisé par OMIECH, « [Les femmes] ne sont pas des poules, je n’ai pas besoin de vérifier si l’œuf va sortir ».

épisiotomie : les femmes que nous avons rencontrées ont éxprimé leur peur de la « petite coupure » (épisiotomie), systématique dans les maternités mexicaines. Une sage-femme Tsotsil de 70 ans décrivait les pratiques hospitalières de la façon suivante : « on te coupe, et ensuite on te coud comme un torchon ». Pour Alma, qui a accouché pour la première fois dans une clinique publique à l’âge de 17 ans, le plus douloureux souvenir a été son épisiotomie « Oui. Ça c’est le plus moche… Moi je me dis que les médecins font des épisiotomies car c’est plus facile. Mais je ne suis pas d’accord, je pense que notre corps sait ». Dans les hôpitaux publics, ce sont souvent des internes qui pratiquent les épisiotomies, certain-e-s pour s’entraîner, comme nous le confiait un médecin généraliste à la retraite.

césarienne : la « grande coupure » représente pour certaines sages-femmes une violation à l’intégrité du corps. Une sage-femme Tseltal de 70 ans nous racontait refuser de se rendre à la maternité pour donner naissance : « Je pensais que j’allais mourir, j’étais si triste. J’ai dit ‘tant pis, il vaut mieux que je meurs. Car s’ils me coupent je vais souffrir’ Je ne voulais pas me faire opérer ». Cette peur de la césarienne est également à mettre en parallèle de la plus grande probabilité (40%) qu’ont les femmes indigènes de donner naissance par césarienne, pour des raisons liées à leur participation au programme Prospera (qui médicalise toutes les grossesses) ou les biais du personnel médical, qui préfère les opérer lorsqu’elles arrivent à la clinique en début de travail, par peur qu’elles ne reviennent pas si elles sont renvoyées chez elles (les maternités manquent de place et il est fréquent de faire patienter les femmes en pré-travail (voire en phase active) de longues heures en salle d’attente, ou de les renvoyer chez elles)[ix].

contraception et stérilisation forcée : la Commission Nationale pour Prévenir et Eradiquer les Violences faites aux Femmes (CONAVIM) estime que plus du quart des femmes indigènes qui ont été en contact avec les institutions de santé auraient été stérilisées sans leur consentement[x]. J’ai recueilli des récits de contraception forcée, notamment celui d’Estela, une mère de 20 ans, à qui le personnel de la maternité publique n’a autorisé la sortie que sous condition de pose d’implant. La contraception hormonale est fortement critiquée par les sages-femmes traditionnelles. Elles accusent les hormones de rendre les femmes malades, stériles, ou de refroidir la matrice. Elles leur préfèrent les plantes médicinales, dont elles ont une connaissance extensive.

Vers une bientraitance des patientes ?

Malgré les programmes gouvernementaux encourageant les femmes pauvres à accoucher dans les maternités plutôt qu’à domicile, les sages-femmes traditionnelles accueillent toujours la majorité des naissances dans les zones rurales. La persistance de l’accouchement à domicile peut alors être interprétée comme un élément central de la reproduction physique et culturelle des communautés. Le respect de l’intégrité du corps, la communication dans la langue maternelle et l’entourage de la famille sont des éléments fréquemment évoqués par les femmes et les sages-femmes dans leur critique des pratiques hospitalières.

La loi du Chiapas condamne les violences obstétricales, mais en pratique elle est difficilement applicable. D’autres mesures sont développées afin d’améliorer les conditions d’accouchement dans les maternités publiques.

Ainsi, la formation d’une nouvelle génération de sages-femmes professionnelles amenées à être intégrées au système de santé mexicain permet de créer un pont entre les femmes et les praticien-ne-s. J’ai ainsi interrogé une sage-femme Tsotsil d’une trentaine d’années, d’abord formée dans son village comme sage-femme traditionnelle puis dans une des seules écoles de sages-femmes professionnelles du pays. Lors de son stage dans une maternité aux alentours de San Cristóbal, où les médecins ne parlaient qu’Espagnol, sa maîtrise du Tsotsil lui a permis d’expliquer les procédures aux patientes. « Il y avait beaucoup de femmes dont l’unique option était la césarienne parce qu’elles avaient des complications. Mais elles ne voulaient pas, et moi je réussissais à les convaincre, parce que c’était l’unique option pour elles, pour leur bébé ». Les femmes consentent alors aux actes médicaux après avoir reçu une explication dans leur langue maternelle, les rassurant sur leurs peurs.

Au sein des hôpitaux publics du Chiapas, les formations pour le personnel incluent une formation sur l’interculturalité, dispensée par un médecin parlant Tseltal et Tsotsil. Cette formation permet de déconstruire les préjugés sur les patient-e-s indigènes et d’améliorer leur accueil.

Enfin, l’association OMIECH milite depuis 30 ans pour la reconnaissance des savoirs des médecins indigènes et sages-femmes traditionnelles et organise des ateliers de santé communautaire afin de favoriser la transmission aux jeunes générations.

Notes

[i] Dans le Chiapas, environ un quart de la population est indigène. Les deux ethnies majoritaires sont les Tseltal et les Tsotsil.

[ii] Mounia El Kotni, « Porque Tienen Mucho Derecho. » Parteras, Biomedical Training and the Vernacularization of Human Rights in Chiapas, Ph.D. Dissertation, University at Albany, SUNY, Albany, N.Y, 2016, 295 p.

[iii] Área de Mujeres y Parteras, La Partera. Jnet’um, San Cristóbal de Las Casas, OMIECH, 1988, 9 p.

[iv] En 2014, l’Etat du Chiapas avait le deuxième taux le plus élevé de mortalité maternelle du pays, soit 68,1 pour 100 000 naissances vivantes, contre 38,1 au niveau national (avec un objectif de 22,2 fixé par les Objectifs Millénaires du Développement).

[v] Observatorio de Mortalidad Materna en México, Indicadores 2013. Objetivo de Desarrollo del Milenio 5: Avances en México, México, D.F y San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, OMM, 2015.

[vi] Mounia El Kotni, « Regulating Traditional Mexican Midwifery: Practices of Control, Strategies of Resistance », Medical Anthropology: Cross Cultural Studies in Health and Illness, A paraître.

[vii] Midiam Ibáñez-Cuevas et al., « Labor and delivery service use: indigenous women’s preference and the health sector response in the Chiapas Highlands of Mexico », International Journal for Equity in Health, 23 décembre 2015, vol. 14, p. 156.

[viii] Vania Smith-Oka, « Managing Labor and Delivery among Impoverished Populations in Mexico: Cervical Examinations as Bureaucratic Practice », American Anthropologist, 2013, vol. 115, no 4, p. 595‑607.

[ix] María Graciela Freyermuth, José Alberto Muños et María del Pilar Ochoa, « From therapeutic to elective cesarean deliveries: factors associated with the increase in cesarean deliveries in Chiapas », International Journal of Equity in Health, 2017, vol. 16, no 88, p. 1‑15.

[x] Proceso, « El 27% de mujeres indígenas esterilizadas sin su consentimiento: Conavim. », Proceso, 14 févr. 2013.

[ BLOG ] Chiapas health workers strike against reforms

[Article originally published in ROAR Magazine]

Workers of the Chiapas Health Jurisdiction have been on strike for one month, in protest against the structural reforms the government intends to pass.

It isis 8:30 pm and the nurses are just starting their 12-hour shift. “There are three teams. Now we have a 12-hour shift, until 8 am tomorrow morning, and then we come back 24 hours later,” one of them explains. Workers from different health institutions of the city of San Cristóbal de las Casas have organized the distribution of supplies in the tents blocking the road to the Woman´s Hospital and the Health Jurisdiction. During the long shifts, “some bring coffee, some bring food, and others come with hunger,” says another nurse, laughing.

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Nurses on strike

Workers of the Health Jurisdiction of Highlands Chiapas, which is comprised of workers from 18 municipalities have been on strike for over one month, in protest against the eleven structural reforms the government has been trying to pass. In particular, they explain that the so-called “universalization of healthcare” which would merge the different public healthcare institutions of the country would have disastrous consequences in Chiapas, one of Mexico’s poorest states.

The current universal healthcare (Seguro Popular) covers about 300 procedures. The previous program covered over 3,000. “And with this reform, there will be barely a hundred procedures covered, leaving out chronic illness such as diabetes and acute conditions like cancer,” a union representative explains. And in a country with vast income disparities, universal healthcare’s unique cost for uncovered procedures would not be accessible to poor peasants living in the states of Oaxaca (where the police repression led to 12 dead, a hundred wounded and 25 disappeared in Nochixtlan a few weeks ago),Guerrero (where 43 students were disappeared in September 2014) and Chiapas. The biggest health costs will thus be shouldered by patients themselves, and not by the state.

The privatization of healthcare is in line with international reforms promoted by lending agencies, such as the World Bank and the Inter-American Development Bank, and will benefit those already in the business of health, like the Mexican telecom magnate Carlos Slim. “This is a model that does not fit with the reality of Mexico, and what we as workers are starting to implement are local consultations with lawyers, researchers, and activists to find a new health model” decries another union leader at a press conference on June 30. Protesters are also calling out to the state’s lack of knowledge and interest in the operating conditions of the health institutions. “In the hospitals here, we lack medicine and even machines. Sometimes there are not even syringes. The only thing doctors can do is fill out prescriptions and send patients to buy out-of-pocket medications in pharmacies”. In the face of such shortages, staff members often help out their poorest patients by paying the costs out of their own pocket.

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Sign of protest outside of the Health Jurisdiction.

The discontent with the law is plenty: “For those of us who will be retiring, we would only be getting 1,080 pesos a month (about 60 USD)” explains one healthcare worker. “Our colleagues working in laboratories will be judged on their productivity, not on the number of hours; in order to comply with their goals they will have to either work more hours or increase the number of patients per hour,” describes another.

Even though the Highlands’ Jurisdiction is the only union on strike in the state so far, health workers from all over the country marched in protest on June 22. In Chiapas, teachers, families, students and residents of different districts of the city have shown solidarity with the movement: “Night after night, people from the barrios bring us coffee and show their support.”

Twenty-two days after declaring a “Permanent Assembly,” the 2,500 workers stand firm. So far, the health reform has been paused, “but this does not mean that it will not be reactivated,” cautions the union representative, “we will not dismantle our Permanent Assembly.” The health workers say they have learned a lot from the teachers, who have been mobilizing against radical changes in the education system as well. “We are barely learning how to walk. But we will walk together with the teachers and peasants.”

[ PUBLICATION ] Les sages-femmes traditionnelles du Chiapas : Une approche holistique de la grossesse et de l’accouchement

[Originally published in Grandir Autrement, Hors-Série n9, 2015]

« Le don qu’a la sage-femme lui a été donné par Dieu. Ce n’est pas quelque chose de facile, d’accompagner un accouchement ; ce n’est pas pour n’importe qui… Car l’objectif principal est la vie du bébé et de la maman. Les sages-femmes travaillent jour et nuit, à n’importe quelle heure ; il y a constamment du travail pour les sages-femmes, et c’est maintenant qu’il faut transmettre ces connaissances pour le bénéfice de la maman et de sa famille. (…) Il ne faut pas perdre ces traditions médicinales, car elles se transmettent de génération en génération »

Ces paroles d’une sage-femme Maya ont été prononcées lors de la rencontre de sages-femmes traditionnelles de l’Organisation des Médecins Indigènes de l’Etat du Chiapas (OMIECH) en Février 2014. Depuis plus de trente ans, OMIECH compile et défend les savoirs des médecins traditionnels Mayas (Tseltals et Tsotsils) – guérisseurs et sages-femmes – depuis plus de trente ans, face à une médicalisation grandissante de la grossesse et de l’accouchement au Mexique (où près d’une naissance sur deux se fait par césarienne[i]). En effet, les aides gouvernementales aux familles pauvres obligent les femmes à pratiquer le suivi de leur grossesse par un médecin plutôt qu’une sage-femme traditionnelle, et à accoucher dans un milieu hospitalier plutôt qu’à leur domicile – ce qui est pourtant la norme culturelle. Pourtant, les sages-femmes traditionnelles restent des alliées incontournables pour les femmes de leur village. Elles connaissent parfaitement les conditions de vie de ces dernières, et savent les conseiller sur le plan nutritionnel, psychologique et physique. Elles n’hésitent pas non plus à marcher plusieurs kilomètres, quel que soit le climat ou l’heure du jour ou de la nuit, afin de répondre à l’appel d’une future maman.

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Dessin d’Alice Bafoin

Les mains au cœur de la pratique

Dans les villages des Hauts Plateaux du Chiapas, les sages-femmes traditionnelles accueillent plus de 70% des naissances. Leur principal outil de travail, ce sont leurs mains, qui, par le toucher, peuvent donner une date d’accouchement prévisionnelle, dévoiler le sexe du bébé, ou détecter un mauvais positionnement et replacer le bébé correctement. Mais les sages-femmes se basent également sur leur ample connaissance de leur écosystème et des propriétés des plantes médicinales, qui leur ont été transmises par les générations précédentes et au travers de leurs rêves, afin d’accompagner les femmes de leur communauté tout au long de leur grossesse, au cours de l’accouchement et pendant le postpartum.

Ainsi, dans les montagnes embrumées de cet Etat du Sud-Est du Mexique, les femmes Mayas qui se rendent chez leur sage-femme lui racontent les mauvais rêves qu’elles ont pu avoir, parlent de leur relation avec leur époux et leurs beaux-parents (chez qui les jeunes couplent habitent durant leurs premières années de mariage), et décrivent ce qu’elles ressentent dans leur corps. Ces conversations permettent à la sage-femme de conseiller la maman sur les aliments qu’elle devrait consommer, lui prescrire des recettes à base de plantes, d’expliquer au papa et à la belle-famille comment prendre soin d’elle, et parfois organiser une cérémonie afin d’éloigner les mauvais esprits et tranquilliser la famille.

L’importance de la chaleur

Pour les Mayas, la femme enceinte accumule de la chaleur au cours de sa grossesse. Lors de l’accouchement, la perte de sang équivaut à une perte de chaleur, un refroidis- sement qui peut être dangereux pour la maman. Le bon déroulement de l’accouchement est intimement lié à la création et au maintien d’un environnement chaud, qui rééquilibre la balance chaud/froid dans le corps de la femme. La sage-femme, qui s’est déjà rendue au domicile de la famille lors de visites prénatales, a repéré les plantes présentes aux alentours, et apporte dans son sac celles qui n’y sont pas et dont elle aura besoin. Les membres de la famille aident la sage-femme en faisant chauffer l’eau pour les différents thés et lavements, et maintiennent la chaleur de la pièce en alimentant constamment le feu. La future maman ne se dénude pas, elle garde sa blouse et sa jupe pendant le travail et l’accouchement. Elle alterne les positions, la plus classique étant d’être accroupie accrochée au cou de son époux, lui-même assis sur une chaise. Chez les Catholiques, la sage-femme accompagne l’événement par des chants, bougies, et prières. Après la naissance de l’enfant et du placenta, la maman reprend des forces en consommant un bouillon de poulet. Le placenta est enterré près de ou à l’intérieur de la maison. Après le repas, la sage-femme nettoie la pièce et les draps, et fait des recommandations à la famille sur les aliments à consommer. Elle reviendra rendre visite à la maman et au nouveau-né pour des visites postpartum dans les jours qui suivent.

Ces différents éléments thérapeutiques – chaleur, plantes, prières – ainsi que le respect de l’intégrité du corps de la femme (les sages-femmes effectuent peu ou pas de touchers vaginaux) contrastent avec le traitement que reçoivent les femmes qui accouchent dans les hôpitaux publics. Face à un personnel qui très souvent ne parle pas le Tsotsil ou Tseltal, seules dans un environnement froid, la modernité se paie au prix du confort et du respect du corps. C’est pour cela que de nombreuses femmes et familles refusent de se rendre à l’hôpital, malgré les pressions gouvernementales.

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Des ponts pour l’avenir

Malgré des études démontrant la sécurité d’un accouchement à domicile planifié pour les grossesses normales[ii], la médicalisation de l’accouchement est un phénomène global. En France, les changements timides tels que l’ouverture de maisons de naissance, ne doivent pas faire oublier la persécution que subissent les sages-femmes pratiquant l’accouchement à domicile[iii]. En France comme au Mexique, les sages-femmes et les familles s’organisent afin d’offrir aux mamans un accouchement ailleurs qu’à l’hôpital, et de préserver des savoirs respectant la physiologie du corps. Basée à Rennes, l’Association Mâ organise des échanges interculturels sur le sujet, en mettant en parallèle les luttes françaises et chiapanèques et en aidant l’Organisation des Médecins Indigènes du Chiapas à continuer d’organiser des rencontres de sages-femmes traditionnelles, afin que les bébés du Chiapas continuent à être accueillis par de si bonnes mains[iv].

[i] Chiffres de l’OCDE sur le site de l’association Césarine http://www.cesarine.org/avant/etat_des_lieux.php

[ii] Janssen, Patricia A., Lee Saxell, Lesley A. Page, et al. 2009. Outcomes of Planned Home Birth with Registered Midwife versus Planned Hospital Birth with Midwife or Physician. CMAJ : Canadian Medical Association Journal 181(6-7): 377–383.

[iii] Les Femmes sages. Syndicat National des Sages-Femmes pour l’Accouchement à Domicile http://snsfaad.weebly.com/

[iv] Pour plus d’information, vous pouvez consulter le Blog de l’Association Mâ http://blogdelassociationma.blogspot.fr/ et la page Facebook de la Section Femmes et Sages-Femmes d’OMIECH (en Espagnol) https://www.facebook.com/areademujeresomiech

[ BLOG ] Notes from the field

(Published in the Council on Anthropology and Reproduction Newsletter 22(2), 2015)

“Oh, I see, so you want to be a partera (midwife)” is the typical response I hear after explaining the purpose of my visit; that I am doing dissertation research to document how midwives live and work. Although I try to explain my research goal in terms of “helping raise awareness on the difficulties parteras are facing,” I am always met with this same response “so you want to learn how to become a midwife?” And as I have gotten to met parteras and aspiring midwives, I must admit that there is not always a clear difference between what I do and how I act and what they do and how they act: asking questions about pregnancy care, sitting in on prenatal consults, taking notes on almost everything the partera says… There is a thin line between participant-observation and midwives’ apprenticeship model. And indeed, I have been learning a lot about how parteras work and live, but also a hell of a lot about plants given in pregnancy care and massage techniques.

Since October 2014, I have been in San Cristóbal de Las Casas, Chiapas, conducting dissertation fieldwork and volunteering for the Women and Midwives’ Section of the Organization of Indigenous Doctors of Chiapas (OMIECH). As a volunteer, my work consists mainly of two tasks: administrative tasks (aka looking for funding) and logistical support during events and workshops. Since 1985, OMIECH has been strengthening Mayan medical knowledge and organizing health workshops in indigenous Tseltal and Tsotsil communities of Chiapas. Even though I am in Chiapas, some of my notes echo those of Kara E. Miller (Fall 2014 Newsletter). Here too, the parteras – who are referred to as Traditional Birth Attendants in international documents – are frustrated with the lack of possibilities to transfer their skills to the next generation. This is why the Women and Midwives’ section organizes workshops focused on reproductive health, and care during pregnancy, birth, and postpartum. These workshops are open to all members of the community where they take place, and aim to perpetuate botanical and medical knowledge by transmitting it to younger generations.

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Picture 1. Tsotsil partera during a community workshop. Photo by author.

The loss of knowledge is accelerated by various factors (young people’s migration, midwifery not an attractive profession economically), one of them being the medicalization of birth. The push to send women to birth in hospitals comes with a deligitimation of indigenous parteras’s knowledge as “not-modern”. Through conditional cash-transfer programs (documented by Vania Smith-Oka in the state of Veracruz), women are pushed to have their prenatal visits and give birth in hospitals. Parteras, on their end, have to attend trainings given by the Health Secretary. These trainings have emerged in the 1980s, and intensified in Chiapas under the pressure of reducing maternal mortality rate to comply with the Millennium Development Goal (Chiapas has one of the highest maternal mortality rates in Mexico). Indigenous traditional midwives either have to follow the trainings or stop practicing. This can have dramatic consequences in places where they are often the only health care provider in their communities.

As I jot down notes during an interview or observation within these different settings, I feel a thrill of delight when their words echo one another. But then I realize this means that these state policies are really achieving great changes for parteras. And like Sisyphus, tirelessly, my colleagues at OMIECH reweave what is being unwoven: traditional medical knowledge, but also, and as important, pride in it and trust within the community.

While “in the field”, my notes are scribbly at times, crystal clear at others, but rarely absent. I try to type them regularly, as a good apprentice-anthropologist, but have stopped feeling guilty when I could not do so. It took me a few months to be able to “let go” and admit there will always be an event I will miss, a trip I cannot make… At my mid-point in the field (already), I have just started to take drawing classes, which helps me expand the range of my notes, when words fail to describe a hand gesture, or when I do not know the terminology for this exact point on the belly that needs to be massaged. These classes have made the familiar look different, and made me look at people in a new way, which in turns adds more depth to my notes.

Life in the field intertwines professional, political and personal spheres. The friendships I have built through this research promise to impact both my career and personal life. As we were searching for plants in the garden of the organization for an upcoming booklet publication, my colleague Micaela corrected me as I got the name of the plant wrong, once again. I could sens, for the first time, an impatient tone in her voice. I pause and I suddenly realized that although I am not studying to become a midwife, every one of the parteras I have met have been a teacher to me, training me a little bit, sharing their story, their tortilla and their endless knowledge. I am looking forward to learning a lot more in the next five months I will be spending with them and I hope my dissertation will bring them knowledge they can use in their struggle.