[ RECENSION ] Herland, Charlotte Perkins Gilman

Charlotte Perkins Gilman, Herland, Pantheon Books, 1979.

Herland est une utopie féministe qui se déroule à la veille de la Première Guerre Mondiale. Trois hommes états-uniens (un sociologue, un médecin, un explorateur) entendent parler d’une société au Nord des montagnes, qui seraient composée uniquement de femmes. Et bien sûr malgré les avertissements des populations locales (qu’ils considèrent des “sauvages”), décident de monter leur propre expédition et s’y rendre en secret.

Je ne sais plus par quel biais j’ai entendu parler de cette utopie féministe (si c’est grâce à vous n’hésitez pas à me le dire), mais j’ai profité d’un voyage aux USA pour l’acheter pour une amie (qui est toujours en recherche de fictions féministes donc à vos conseils). Je me suis donc retrouvée avec Herland dans mon sac et 1h30 de transports devant moi, dont voici le résultat.

Charlotte Perkins (Gilman)

L’introduction de Ann J. Lane est très éclairante et remet en contexte les écrits de Charlotte Perkins Gilman (1860-1935). Cette écrivaine féministe est connue notamment pour La Séquestrée (aussi traduit comme Le papier peint jaune), essai autobiographique qu’elle a écrit à propos de sa dépression postpartum. Le médecin avait diagnostiqué une “hystérie” et recommandé le repos total. Surveillée par son mari, et coincée dans sa chambre, cette cure a en fait amplifié sa dépression. Charlotte Perkins Gilman finit par divorcer (rare à l’époque) et déménage à l’autre bout des Etats-Unis où elle milite pour les droits des femmes. Sa fille vit avec sa mère puis avec son père et sa nouvelle épouse (également une situation non conventionnelle à l’époque). Charlotte Perkins Gilman, remariée avec un cousin éloigné, est diagnostiquée d’un cancer du sein en 1932. Avec le chloroforme qu’elle a accumulé, elle “choisit le chloroforme au cancer”, comme elle l’exprime dans le mot qu’elle laisse.

Le regard masculin

L’ouvrage est donc écrit à travers les yeux d’un des trois explorateurs. Ce regard externe permet à la fois de découvrir la société de Herland, et de suivre les narrateurs dans la déconstruction des rôles assignés aux femmes et aux hommes dans leur propre société. Sur les trois hommes, il y a un machiste qui ne change pas, un qui tombe amoureux et se fond dans la société Herland et enfin le narrateur, qui développe un regard critique sur sa propre société mais pas prêt à remettre tout en cause (comme l’institution du mariage par exemple).

L’écriture est un peu datée, et j’ai été un peu frustrée par le male gaze (regard masculin) alors que je m’attendais à plonger dans une fiction écrite par une narratrice, qui verrait des inconnus arriver de l’extérieur. Donc petite déception, mais l’ouvrage se lit au final assez bien et j’étais pour ma part moins intéressée par les geignardises des hommes que par l’organisation de la société de Herland que l’on découvre donc à travers leurs yeux.

Une société post-patriarcale

A travers cet ouvrage, j’ai appris comment fonctionne la parthénogenèse (je me rappelais vaguement de la mitose en cours de bio de 5e, et ce n’est pas tout à fait pareil) qui est “un mode de reproduction indépendant de toute sexualité” et qui aboutit la création d’un individu à partir d’un ovule non fécondé (1), donc sans fécondation externe. Quelques recherches récentes sur le sujet : des chercheur·se·s chinois·e·s ont fait naître des souris femelles “bimaternelles” il y a quelques mois (2). Une écrevisse marbrée est également en train d’envahir des niches écologiques grâce à sa capacité à se reproduire en s’auto-clonant (elle peut ainsi produire une centaine de clones toutes les huit semaines) (3).

Mais revenons à l’ouvrage. Les habitantes de Herland se sont retrouvée sans individus mâles suite à une guerre, dans un territoire encerclé de montagnes et au bout de quelques générations s’est posée la question de la survie de leur communauté. Jusqu’à ce qu’une des femmes, qui avait très envie de devenir mère, se retrouve enceinte et donne naissance à cinq filles, qui elles aussi sont devenues enceinte de la même manière, etc. Ce sont les Mères fondatrices.

Dans la société Herland, la maternité est le but ultime des femmes, indispensable à la survie du corps social, mais aussi dans un but de perfectionner l’espèce. Les enfants sont élevées par toutes (pas d’école formelle mais une éducation permanente). Chaque adulte vit dans une maison à deux pièces et travaille pour la communauté (dans les champs, dans la cueillette des noix, dans les temples…)  donc quand les explorateurs essaient d’expliquer le concept de foyer et de travail domestique, leurs interlocutrices ont à la fois du mal à comprendre, tout en imaginant que cela doit être un rôle extrêmement valorisé socialement. Les explorateurs ne répondent pas.

La valorisation de la maternité et la remise en question constante pour tendre à une amélioration de l’espèce a des tendances eugénistes, non pas dans l’interruption des grossesses (impensable pour les femmes de Herland) mais dans la prévention de grossesses non désirées. Les habitantes perçues comme de potentielles “mauvaises mères” sont découragées d’appeler une grossesse de leurs voeux. Donc bon biais maternaliste assez fort qui tend pour le coup plus vers la dystopie que l’utopie.

Herland nous laisse tout de même imaginer ce que pourrait être une société post-patriarcale : des rôles productifs déterminés en fonction des intérêts et des capacités de chacune : monter aux plus hauts sommets cueillir des noix (dans des vêtements amples qui ressemblent à des robes avec de nombreuses poches), étudier les plantes, penser la production de nourriture etc. Dans leur regard tourné vers l’avenir, les habitantes sont surprises lorsqu’elles apprennent que dans le pays des explorateurs, les principes qui régissent la société n’ont pas changé depuis des milliers d’années. “Les premières Mères nous ont beaucoup appris, mais elles sont décédées maintenant, pourquoi les vénérer ? Nous les remercions pour leur héritage mais nous continuons à l’améliorer; après toute, elles avaient des défauts comme tout le monde” résument-elles.

Sujets non explorés

Une thématique bien absente de l’ouvrage est la sexualité. Peut-être à cause du regard masculin, mais l’autrice n’évoque ni masturbation, ni sexe entre femmes. L’intérêt des habitantes de Herland pour la sexualité se limite à celui pour le coït avec les explorateurs dans un but de reproduction. L’ “épouse” (elle accepte le terme mais restent sceptiques sur la définition) du narrateur ne voit pas l’intérêt de relations sexuelles en-dehors des périodes de fertilité.

S’il y a fertiltié, on peut imaginer un cycle menstruel. J’aurais aimé en savoir plus sur les menstruations, qui ne sont pas une fois mentionnées. Peut-être ont-elles disparu avec la parthénogenèse et qu’elles se réactivent au contact des mâles. Libre à notre imagination. Pour ma part, je me dis que dans un postpatriarcat où les maladies ont été éradiquées grâce à la connaissance des plantes, l’amélioration de l’alimentation et l’exercice physique, peut-ête que les menstruations ne seraient plus tabous.

(1) http://www.universalis-edu.com/encyclopedie/parthenogenese/

(2) https://www.maxisciences.com/reproduction/des-chercheurs-reussissent-a-faire-naitre-des-bebes-souris-de-parents-du-meme-sexe_art41793.html

(3) https://www.especes-menacees.fr/actualites/auto-cloner-ecrevisse-marbree-espece-invasive/

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Je fais face à mon tsundoku en lisant les livres qui s’accumulent sur mes étagères, et vous les partage, un Vendredi sur trois. Rendez-vous le 21/12.

Précédemment : Le corps des femmes, la bataille de l’intime de Camille Froidevaux-Metterie

[RECENSION] Le corps des femmes. La bataille de l’intime, Camille Froidevaux-Metterie

Le corps des femmes. La bataille de l’intime, Camille Froidevaux-Metterie, Paris, Philosophie magazine Editeur, 2018.

Ce court et percutant ouvrage est issu des publications de l’autrice sur le blog « Féminin singulier » de Philosophie magazine. En 2012, Camille Froidevaux-Metterie est agacée par la disparition dans les débats autour des droits des femmes « du sujet féminin dans sa dimension génitale ». Tour à tour, les neuf chapitres de l’ouvrage s’engagent alors à réhabiliter « le féminin dans sa dimension génitale » : autour du mouvement #MeToo (chapitre 1), en explorant le corps menstrué (chapitre 2) puis ménopausé (chapitre 6), à travers le corps féminin scrutinisé (chapitre 4), le corps sexualisé (chapitre 3, 7), le corps reproducteur (chapitres 8, 9) et celui qui n’enfante pas (chapitre 5).

La bataille de l’intime

Cet ouvrage part donc du constat que, malgré les mobilisations féministes et les conquêtes des droits des femmes des dernières années, le sujet de l’intime est resté obstinément absent, « comme si l’accès au monde social devait se payer du prix [de ce] renoncement » (38). Qu’est-ce qu’alors que la « bataille de l’intime » ? « Il s’agit… de redéfinir les règles d’un jeu (hétéro-)sexuel qui a enfermé les femmes dans le carcan d’une sexualité au service de la reproduction et des impétueux (prétendus tels) besoins masculins » (23). Le mouvement #Metoo de 2017 illustre alors un tournant dans la publicisation des batailles qu’il reste encore à mener dans le domaine de l’intime. Pour l’autrice, le mouvement a révélé au grand jour (aux hommes?) « ce que [les femmes] savent depuis toujours : leurs corps sont à disposition, non seulement désirés, mais convoités, souvent appropriés, parfois violentés. Ils le sont depuis une éternité, ils n’ont jamais cessé de l’être et ils le demeurent par-delà la rupture de l’émancipation féminine » (14).

L’approche phénoménologique de la philosophe s’ancre dans les expériences quotidiennes des femmes pour questionner les enjeux politiques de l’intimité. L’écriture allie questionnements philosophiques à des exemples quotidiens. L’autrice partage ainsi comment, en accompagnant sa fille acheter un soutien-gorge, elle s’interroge sur leur forme (ronds) et leur composition (rembourrés). Cette expérience inspire une réflexion sur le formatage des seins des femmes, dont la singularité doit être effacée pour laisser la place à l’uniformité « ronde, ferme et haute » (chapitre 7).

La bataille de l’intime met en jeu la libre décision des femmes sur leurs corps, dans l’espace public, dans leur sexualité, dans leurs décisions reproductive. Dans tous ces domaines, le consentement, « un langage de désir, une rhétorique de plaisir », loin de brider les relations entre femmes et autres, permet « d’oeuvrer pour que s’enracinent les conditions d’une sexualité libre et égalitaire » (69).

La liberté procréative

Avoir un enfant ou pas, avoir accès aux technologies de la reproduction, comment et où accoucher…  « la liberté procréative est une liberté sous forte contrainte » (143). Qu’il s’agisse du (non)désir d’enfant ou d’autres choix reproducteurs, les corps des femmes sont sans cesse scrutinisés, leurs décisions acceptées sous conditions, leurs choix critiqués. Les difficultés à exercer les choix sont nombreuses. Par exemple, alors que la stérilisation est l’option contraceptive la plus répandue dans le monde, et qu’elle est légale depuis 2001 en France, le parcours de celles qui souhaitent l’obtenir reste difficile (comme illustré dans le documentaire J’ai décidé d’être stérile, vers lequel renvoie l’autrice). D’un autre côté, l’autoconservation volontaire des ovocytes, légale mais sous coditions en France, illustre une inégalité juridique entre les hommes (qui peuvent congeler leur sperme) et les femmes, mais aussi entre les femmes puisque certaines peuvent y avoir accès pour raison médicale. Les demandes des femmes sur le sujet illustrent comment « [leur] temporalité physiologique est devenue contradictoire avec leur nouvelle temporalité sociale » (142). En septembre 2018, le Comité consultatif national d’éthique s’est prononcé en faveur d’une autoconservation volontaire, tandis que Lorie Pester a récemment adressé une lettre ouverte à Emmanuel Macron sur le sujet.

L’un des chapitres est consacré à une autre inégalité corporelle et temporelle entre femmes et hommes. A travers la question de la ménopause (« un non-événement aux yeux du monde, une crise pour celles qui la vivent » (99)), l’autrice aborde celle de l’âge et du traitement différencié des corps veillissants. Alorss que sur les sites ou applications de rencontre, les probabilités de rencontres pour les femmes chutent drastiquement entre 49 et 50 ans, ce n’est pas du tout le cas pour les hommes. La philosophe voit dans le traitement ssocial différencié de l’âge «  l’une des dernières grandes inégalités : le corps des hommes est et demeure une ressource quand le corps des femmes est et demeure un fardeau » (108).

Pour déconstruire ces visions péjoratives des corps des femmes (corps reproducteurs ou non, corps vieillissants), des mouvements de réappropriation se créent. Camille Froidevaux-Metterie cite le renouveau du projet Notre Corps, Nous-Mêmes (c’est nous !). J’ajouterais également parmi les nombreuses initiatives militantes sur les réseaux sociaux, autour de l’activisme menstruel (coucou Cyclique et Les flux) et de la sexualité (tasjoui).

Un féminisme génital

Tout au long de l’ouvrage, Camille Froidevaux-Metterie met en lumière les assignations sexuées genrées auxquelles sont confrontées celles qui sont identifiées comme femmes par la société. Tout en critiquant ces assignations, elle s’attache pourtant à analyser certaines spécificités des corps ‘féminins’. Elle dfinit alors « l’ être-au-monde féminin »  comme « toujours nécessairement situé, c’est-à-dire historiquement et socialement construit » (156).

Comment parler des corps des femmes sans les essentialiser ? Comme elle l’a vécu elle même, en France, « toute tentative pour réinvestir la corporéité féminine apparaît toujours suspecte » (26). Cette tension entre volonté d’effacement des marqueurs genrés d’un côté et inégalités corporelles ancrées dans une perception sociale des corps féminin de l’autre illustre une tension que je retrouve également dans le milieu de la naissance, où une des réponses à la maltraitance des savoirs et des corps féminins est de les réessentialiser en invoquant des savoirs corporels qui seraient inhérents. Pour sortir de cette dichotomie universaliste-essentialiste, Camille Froidevaux-Metterie répond que mettre en avant la sexuation des corps n’empêche pas de lutter pour leur égalité, mais que cette sexuation ne sera plus pertinente lorsque la binarité de notre société genrée aura disparu.

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Pour soigner mon tsundoku (merci ACO pour la découverte de ce mot), je vous propose une recension un Vendredi sur trois. Rendez-vou le 30/11. M.E

[REVIEW] Midwives and Mothers: The Medicalization of Childbirth on a Guatemalan Plantation

[Originally published on August 8, 2018 on the Association for Feminist Anthropology website]

Midwives and Mothers: The Medicalization of Childbirth on a Guatemalan Plantation, Sheila Cosminsky, University of Texas Press, 2016, 303 p.

Midwives and Mothers builds on Sheila Cosminsky’s decades-long involvement with midwives in Guatemala, where she has been conducting research since 1974. This thoroughly documented monograph provides a rich account of the changes and continuities in women’s reproductive care preferences and midwives’ practices in rural Guatemala. Cosminsky analyzes the shifting roles of midwives across generations by contrasting midwife Maria’s work in the 1970s to her daughter Siriaca’s, also a midwife on the coffee and sugar plantation where she grew up.

As indicated in the Acknowledgements, it is a feeling of urgency that led the author to publish this monograph, an urgency fueled by the ongoing criticism and attacks by biomedical personnel and international organizations towards traditional midwives’ knowledge and practices. The increased pressure to medicalize pregnancy and birth deeply impact women’s experiences and midwives’ practices, as described in the nine chapters of this monograph.

Each chapter contains rich ethnographic descriptions, details on international and national health policies, and theoretical analysis from the fields of medical anthropology, the anthropology of reproduction and midwifery studies. The first three chapters provide information on the context of the study: Chapter 1 introduces the reader to midwives’ role in Maya communities, Chapter 2 describes the Finca and María’s work, and Chapter 3 contrasts María and Siriaca’s practices and relations to their patients. The following three chapters dive deep into describing midwives’ work in prenatal care (Chapter 4), pregnancy (Chapter 5) and postpartum (Chapter 6), contrasting the changes between mother and daughter’s practices, and in the relations between midwives and health institutions. Chapter 7 focuses on the role of the midwife, whose scope of practices range far beyond pregnancy and birth, while Chapter 8 and 9 respectively interrogate national midwifery policies and one of their consequences, the medicalization of childbirth.

The changing role of midwives

Across Guatemala, midwives attend two third of births, a rate reaching 80 percent in rural areas. Cosminsky analyzes midwives’ daily practices in relation to various socio-political spheres, including local cultural norms, political relations between midwives and Finca owners, national midwifery training programs and international policies aiming at diminishing Guatemala’s high maternal mortality rates. This ethnography also highlights how, on their end, Maya women’s reproductive health decisions are made at the nexus of various structural factors, personal decisions, family preferences and public health messages.

Taken together, the chapters provide a large overview of midwives’ diverse scope of practices, from prenatal care, labor and delivery to infant care and family counselors, leading the author to describe these women as “doctors to the family.” While previous ethnographies on and with midwives in Mexico and Guatemala also describe the many roles midwives undertake (Berry 2010, Freyermuth 2003, Jordan 1993), Cosminsky devotes entire chapters to one or the other aspect of midwives’ work, providing a comprehensive description of midwives’ large scope of practice. The fruitful comparison of midwives-as-family-doctors grounds these women’s work in the everyday life of Maya men and women and provides a glimpse both at their material living conditions and the health challenges they face.

Cosminisky’s long-standing involvement with midwives appears through detailed ethnographic vignettes, providing an intimate view on the relations between midwives and their patients, as well as in the detailed list of diseases—ethnocultural and biomedical alike—these women cure. While I appreciate the level of detail provided by the vignettes, my work with the Organization of Indigenous Doctors of Chiapas (OMIECH)—at the forefront of political opposition to biopiracy in Southern Mexico—lead me to be wary of listing medicinal plants and recipes as they are presented in the Appendices. Debates on plant knowledge property are strong in both research and activist communities, and this monograph, published in English, is directed towards non-community members, raising concern on the use of such knowledge. Providing a translation of the Appendices and sharing it with community members might be one way of returning the knowledge to those who provided it, as OMIECH has done in Chiapas.

The medicalization of childbirth in Guatemala

Cosminsky’s ethnography is also a political analysis of the medicalization of childbirth in Guatemala, and the everyday consequences of midwifery training programs on midwives’ medical practices and women’s birth experiences. Descriptions of midwifery trainings highlight how international guidelines impact relations between medical staff and midwives, and change the way midwives manage birth. The author expresses concern for the continuous attacks on midwives’ practices by biomedical personnel. For example, midwives are not allowed to attend primiparous women, which restricts midwives’ scope of practices and can come into conflict with cultural expectations and women’s desires. Despite such regulations, women resist giving birth in hospitals, for fear of mistreatment and abuse – a fear shared by several women throughout the book.

Broader impact

The moral dilemmas Guatemalan midwives face, between biomedical recommendations and their empirical knowledge resonate with midwives’ situation across the world. The medicalization of reproductive health is of growing concern by scholars, activists and international organizations. This ethnography provides a case study of the rapid changes in midwives’ practices, and their far-reaching consequences not only for women but for entire communities. It is a valuable resource for teaching undergraduate and graduate courses alike, in Anthropology, Nursing and Midwifery, Latin American Studies and Public Health. The different chapters can be used separately or as a whole, providing an excellent example of ethnographic research and writing.

 

References

Berry, Nicole S. 2010 Unsafe Motherhood: Mayan Maternal Mortality and Subjectivity in Post-War Guatemala. Reprint edition. New York: Berghahn Books.

Freyermuth, Graciela 2003      Las mujeres de humo: morir en Chenalho : género, etnia y generación, factores constitutivos del riesgo durante la maternidad. México, D.F: CIESAS, INM, Comité por una Maternidad Voluntaria y sin Riesgos en Chiapas.

Jordan, Brigitte 1993 Birth in Four Cultures : A Crosscultural Investigation of Childbirth in Yucatan, Holland, Sweden, and the United States. 4th edition. Prospect Heights, Ill: Waveland Pr Inc.

Ostrach book cover

[ REVIEW ] Ostrach, Bayla 2017 Health Policy in a Time of Crisis

[Review Originally published on Anthropology-News ]

In Catalunya and beyond, abortion is never just a medical or even a moral issue. It is an explosive nexus of intense social conflict over power, ‘rights,’ bodily autonomy, access to health care and the equal distribution of resources in society” (Ostrach 2017: 69).

Ostrach 2017

Health Policy in a Time of Crisis stems from ten months of institution-based participatory research in a healthcare clinic—Public Clinic—providing state-funded abortion services in Barcelona. Using a mixed-method approach, Ostrach surveyed 350 women who sought abortion care at the Public Clinic, interviewed 11 women on their experiences with the public health system in seeking abortion as well as 11 providers on their perspectives of the experiences of the hundreds of women for whom they provided abortion care.

This methodologically grounded and theoretically innovative ethnography is informed by the author’s long-standing engagement with the topic of abortion rights and access in the United States. In a context of global restrictions on women’s reproductive rights and the fight of activists worldwide for legal access to abortion, the author vividly demonstrates how legal abortion does not necessarily equate with abortion access. Health Policy in a Time of Crisis takes abortion as a window to analyze the everyday impact of austerity measures (national and European) and shifting status for immigrants on abortion access. The shadow of La Crisis, the widespread recession that struck most of Europe from 2007 on, and the consequent austerity measures, forms the background of women’s decisions to get abortion care, health personnel’s struggle to provide it, and the Public Clinic’s ability to maintain full access to all women seeking its services. Austerity cuts during the author’s fieldwork translated in a drastic reduction of the number of publicly funded abortions, illustrated by women who had come for a procedure in previous years’ saying, “better a crowded clinic than no clinic!”

Contrary to much of Latin America, where some countries have the strictest abortion laws of the planet, there is little stigma associated with abortion in Barcelona, and even women who personally oppose abortion strongly contest legislative attempts to put restrictions on women’s bodies. Ostrach builds on feminist critique to analyze the notion of “bodily autonomy,” which is central to Catalan activists’ demand for abortion access for all. The emphasis on bodily autonomy challenges mainstream discourses on reproductive rights. Catalan activists’ grassroots demands for access to reproductive care and bodily autonomy rather than the right to abortion echoes many demands of activists and indigenous peoples across Latin America, who frame access as rights in practice, rather than theoretical human rights.

In Catalunya, demands for bodily autonomy are interwoven with protests for regional autonomy, and a strong commitment to healthcare access for all, no matter their residency status. In this peculiar context, one might think that barriers to access are reduced. However, Ostrach’s research showed that 51 percent of the 350 women surveyed were not aware that their abortion would be fully state-funded, even as they had interacted with at least one health system representative. Building on Harvey’s civilized oppression framework, Ostrach vibrantly reveals how the power imbalance between women seeking information about abortion services, with some healthcare workers abusing their authority, shape women’s access to health services. In particular, immigrant women were most likely to report being misinformed on the gestational limit for abortion, encountering delays in seeking abortion services, and being provided with the incorrect referral voucher, for example. In some cases, structurally marginalized women faced ongoing stereotypes and had to convince providers that they were worthy of public funds.

Health Policy in a Time of Crisis is an empathic ethnography on women’s frustrations, as they face a wide-range of obstacles such as terminating a wanted pregnancy because of La Crisis, the lack of access to transportation to the only publicly-funded clinic in the region, or finding a companion to wait for them after the procedure, as required by the clinic protocol. The women Ostrach interviewed were particularly insightful on the multiple challenges they had to face in addition to seeking abortion care—as single mothers, sex workers, and students. The author eloquently describes these efforts in the “Superwoman complex”: the strategies deployed by women to balance fewer economic resources and less perceived support for their abortions. Ostrach’s vivid descriptions of women’s journeys, and the long quotes of women themselves bring las dones (the women) to life, as they share their frustrations with the health system and these personal and structural obstacles.

Immigrant women in particular (from South America, other parts of Spain, and other European countries) encountered more delays in accessing abortion and arrived on average two weeks later than Catalans at the clinic. Factors accounting for this delay included women’s lack of awareness that the procedure would be covered upfront, and the shifting status of immigrants, which led to misinformation about their health coverage. Ostrach eloquently describes how providers’ attitudes can shape women’s access, and how some stereotypes shape the staff interactions with certain groups of patients like Roma or Muslim women, but the impact it might have on women’s experiences and their willingness to access the service is left unanswered. The author acknowledges the limitation of her study on immigrant women’s experiences, as she focused on those women who accessed the clinic, and raises important questions for future research, such as, what happens to immigrant women who are completely unaware of the public healthcare coverage for pregnant women? And, what are the stories of those who encountered too many delays and were unable to get the procedure?

To conclude, this exceptionally well-written and engaging ethnography is a constant reminder that “abortion is nothing without access,” at a period of revival of conservative movements in Europe—making the news in France and Poland recently—and increased restriction on abortion access in the United States. Health Policy in a Time of Crisis provides a unique example of engagement in medical anthropology. Ostrach shared the results of her investigation on the concrete impacts of funding cuts for the public clinic with representatives of the public health system. Even though the meeting did not result in a change in policy, such engagement symbolizes important calls for action. This promising first book will speak to a wide audience, offering insights for discussions in research methods and ethics classes from all disciplines, and the fields of medical and applied anthropology, women and gender studies, and public health and migration studies, to name a few.

Book Reviewed: Ostrach, Bayla. 2017. Health Policy in a Time of Crisis: Abortion, Austerity and Access. New York and London: Routledge.